Publié le 18/08/2025
Vices cachés : quels sont les délais pour agir ?
L’action en garantie des vices cachés doit être engagée dans les deux ans de la découverte du défaut, sans dépasser un délai butoir de vingt ans à compter de la vente.
Découvrir un vice caché ne suffit pas : l’acquéreur doit agir dans les délais. Après plusieurs divergences jurisprudentielles, la Cour de cassation a clarifié le régime en 2023. L’action doit être engagée dans les deux ans suivant la découverte du vice, sans pouvoir dépasser un délai butoir de vingt ans à compter de la vente conclue par la personne recherchée en garantie.
Le premier délai : deux ans à compter de la découverte du vice
L’article 1648 du Code civil prévoit que l’action résultant des vices cachés doit être intentée dans les deux ans à compter de la découverte du défaut. Le point de départ ne correspond donc pas nécessairement à la signature de l’acte de vente.
La date de découverte est une question de fait. Elle peut correspondre au moment où l’acquéreur comprend la nature, l’origine et la gravité du désordre, et non à la première manifestation superficielle. Un rapport d’expertise peut jouer un rôle important, mais il n’est pas systématiquement le seul point de départ possible.
Le second délai : un butoir de vingt ans à compter de la vente
Par plusieurs arrêts rendus en chambre mixte le 21 juillet 2023, la Cour de cassation a retenu que l’action est enfermée dans un délai butoir de vingt ans. Ce délai court à compter de la vente conclue par la personne contre laquelle la garantie est recherchée.
L’acquéreur doit donc respecter simultanément les deux limites : agir dans les deux ans de la découverte et avant l’expiration des vingt ans. Le délai butoir apporte une date finale au-delà de laquelle l’action ne peut plus être engagée sur ce fondement, même si le défaut a été découvert tardivement.
Pourquoi la décision de 2023 est-elle importante ?
Les différentes chambres de la Cour de cassation ne qualifiaient pas toutes de la même manière le délai de deux ans. Certaines décisions le traitaient comme un délai de forclusion, d’autres comme un délai de prescription. Cette distinction avait des conséquences importantes sur sa suspension pendant une expertise judiciaire.
La chambre mixte a tranché : le délai biennal est un délai de prescription. Il peut donc être suspendu lorsqu’une mesure d’instruction est ordonnée avant tout procès dans les conditions prévues par la loi. Cette clarification sécurise le traitement des dossiers, sans supprimer la nécessité d’agir rapidement.
Une expertise amiable suspend-elle le délai ?
Il ne faut pas présumer qu’une expertise amiable, des négociations ou des échanges avec l’assureur suspendent automatiquement la prescription. Leur effet dépend des actes accomplis et des éventuelles reconnaissances de responsabilité.
Une mesure d’expertise judiciaire ordonnée en référé peut produire un effet interruptif et suspensif. Encore faut-il que la demande ait été présentée à temps et qu’elle vise les personnes contre lesquelles une action sera ensuite envisagée.
Comment déterminer la date de découverte du vice ?
La première alerte n’est pas toujours suffisante. Une petite trace d’humidité peut ne révéler que plus tard un défaut généralisé d’étanchéité. À l’inverse, un courrier technique précis peut établir que l’acquéreur disposait déjà des informations nécessaires.
Les juges examinent les constats, rapports, devis, courriels et déclarations de sinistre. Il est donc essentiel de conserver une chronologie complète et de dater les photographies et interventions.
Que se passe-t-il dans une chaîne de ventes ?
Un bien ou un équipement peut avoir fait l’objet de plusieurs ventes successives. L’acquéreur final peut, dans certaines conditions, agir contre un vendeur antérieur ou un fabricant. Le délai butoir s’apprécie alors par rapport à la vente conclue par la personne précisément recherchée en garantie.
Les actions récursoires entre vendeurs et professionnels répondent également à des règles particulières. Leur point de départ peut être lié à l’assignation reçue. Chaque relation contractuelle doit être examinée séparément.
La tentative amiable protège-t-elle le délai ?
Une mise en demeure est utile pour formaliser le litige, mais elle n’interrompt pas la prescription. Il est dangereux d’attendre la fin de négociations longues en pensant que le délai est automatiquement gelé.
Lorsque l’échéance approche, une action judiciaire ou une convention adaptée peut être nécessaire pour préserver les droits. Le choix de l’acte doit tenir compte du fondement juridique, des parties visées et des demandes envisagées.
Quelles démarches accomplir dès la découverte ?
L’acquéreur doit photographier les désordres, obtenir des constats, conserver les pièces de vente et demander des avis techniques. Il doit informer le vendeur de façon précise, sans attendre que le dommage s’aggrave.
Avant des travaux importants, il faut organiser la conservation de la preuve. Une réparation urgente reste possible pour éviter un danger ou une aggravation, mais son état initial doit être documenté et les éléments déposés conservés lorsque cela est pertinent.
Questions fréquentes
Le délai est-il de deux, cinq ou vingt ans ?
L’action en garantie doit être engagée dans les deux ans de la découverte du vice. Elle est en outre limitée par un délai butoir de vingt ans à compter de la vente de la personne recherchée.
Le rapport d’expertise déclenche-t-il toujours le délai ?
Non. La date dépend du moment où l’acquéreur a effectivement disposé d’éléments suffisants sur le vice. Elle peut être antérieure ou correspondre au rapport selon le dossier.
Une expertise judiciaire suffit-elle à préserver tous les recours ?
Pas nécessairement. Il faut vérifier les parties appelées, le fondement de l’action et les effets exacts de la décision sur les délais.
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Maître Mathilde POLSINELLI, Avocate au barreau de BORDEAUX
Droit immobilier, droit de la construction, droit de la responsabilité, droit des mineurs